Frédérique Martin, un fabuleux premier roman

Avec "Femme vacante", la jeune auteure entre dans la cour des grands

7 nov. 2009 Daniel Lesueur

Si vous avez aimé, voire adoré, "La Fin d'un amour" de Graham Greene, vous ne pouvez laisser passer ce roman français qui révèle un grand talent de plume.

Brillant et intelligent, ce roman est un pur régal. Son écriture est à la fois empreinte d'une grande sensibilité et d'une force, d'une puissance prodigieuses. Tout comme Sève Maël (http://polar.suite101.fr/article.cfm/seve_mael_un_premier_roman_bouleversant) Frédérique Martin pratique l'écriture universelle, voire unisexe. Et il ne s'agit, ni d'une critique, ni d'un compliment déplacé mais d'un simple constat : la femme est l'égale de l'homme et il n'est que temps qu'elle recouvre autant que lui les étalages des librairies.

L'auteure : sa rencontre avec l’écriture

Née en 1963, Frédérique Martin vit près de Toulouse.

” Si à 11 ans j’ai définitivement quitté la littérature pour enfant, c’est la faute à Thérèse Raquin. Cet été là, je traînais sans le savoir un désoeuvrement flaubertien dans le petit appartement de mes grands-tantes, à Clermont-Ferrand. A l’heure de la sieste, le silence me poussa jusqu’à leur maigre bibliothèque, un rayonnage dans le cosy qui me servait de lit. J’y trouvai les œuvres complètes de leur cher frère, Emile Guérinon, mon grand-oncle donc, mort d’ennui sans doute devant la postérité. Moi qui voulais devenir l’écrivain de la famille, je découvrais que la place était prise. J’en conçus quelque amertume, puisque le « Thérèse Raquin » d’Emile Zola l’emporta sur « La Vestale du Gange » de mon illustre ancêtre. Il y eut « Le Journal d’Anne Franck », « Mon bel oranger » de Vasconcelos, « Les Chevaux masqués » de Henri-François Rey et « Salammbô » de Gustave Flaubert. Les oeuvres complètes de Boris Vian, Agatha Christie, Cauvin et Cesbron. « La Peste » de Camus, le théâtre de Ionesco, celui d’Anouilh et Giraudoux. J’éprouvais une forte fièvre pour « Les Lettres portugaises » que je lisais à voix haute. Je découvris en même temps Franz Kafka et Richard Matheson. ».

Du rêve à la réalité

« La vie m’avait ratée, dit-elle, elle avait épuisé mes rêves d’enfant ». A trente deux ans, pour échapper à un travail qui l’épouvantait, elle décide de passer un bilan de compétences. Elle raconte :

- Que voudriez-vous faire ?

- Je ne sais pas, je n’ai pas d’idée.

- Mais… si tout était possible, on ne parle ni d’argent, ni de compétences. Tout est possible, qu’est-ce que vous faites ?

Un temps de recul et la réponse a fusé :

- J’écris.

- Bien. Alors ? Qu’est-ce que vous attendez ?

Publiée depuis 1996, après des années d’écriture et de rebuffades éditoriales, des publications en revues et recueils collectifs, plusieurs prix dans des concours (Toulouse, Palaiseau, Brive, Lyon…), elle remporte le prix Prométhée en 2004 avec un recueil de nouvelles, "L'Echarde du silence", publié aux éditions du Rocher. Elle a également publié « N’écris plus attends-moi » et "Zero le monde", un roman jeunesse (éditions Thierry Magnier) et "Papier du sang", un recueil de proses poétiques (éditions N&B). Depuis plusieurs années, elle donne régulièrement des lectures de ses textes et anime des ateliers d'écriture pour toutes sortes de publics.

Femme vacante, le roman

Alice a quitté son mari et ses trois enfants pour suivre un homme. L’histoire ne dure pas. Elle se retrouve seule, déchirée. C’est dans la rencontre avec Adèle et son lourd secret qu’Alice affrontera une réalité – Être amoureuse est différent d’aimer (http://pleinepage.com/editeur/). Un prodigieux premier chapitre : chaque phrase conduit à la réflexion, mettant en évidence la profondeur intellectuelle de l'auteure... Auteure d'une redoutable efficacité : sans la moindre fioriture, chaque phrase fait mouche, résumant la condition humaine en quelques pages véritablement impressionnantes, bouleversantes, terrifiantes de lucidité. Sans concession, Frédérique Martin parle des femmes comme le faisait Brassens. On pense aussi à Catherine Ribeiro ("Jour de fête"), Michel Jonasz ("Je voulais te dire que je t'attends").

Vidé, le lecteur, la lectrice entre dans l'histoire d'Alice... pour se réconforter. Mais il ne s'agira que d'un répit !

L'errance des deux personnages

Alice lui avait asséné tant d'évidences sur la vacuité de la vie à deux que le lecteur se croyait sorti d'affaire. Pourtant, au quatrième chapitre, l'universalité du désarroi revient en force, mais cette fois par la voix d'Adèle, cette vieille femme décatie dont il aurait fallu se méfier : sous son apparence de parfaite foldingue (elle promène son chien empaillé !), elle est un puits de sagesse. Mais la réalité est dure à accepter : chacune de ses sentences nous vrille au plus profond de nous-même. C'est toutefois Alice qui, d'elle-même, saura faire le bilan sur sa vie passée : "Quand une sieste dure plus de vingt ans, il faudrait être capable de prononcer le décès".

Pourquoi écrire ?

Humour, dérision ou désespoir ? Est-ce Alice ou bien l'auteure qui s'exprime ainsi :

"Tant de mots font un tombeau à la parole, je ne me suis jamais faite à cette misère d'aller chercher la consolation dans les livres. Et il me semble que le pire, ne l'ayant pas trouvée, serait de les écrire soi-même".

Le pire, peut-être, pour celle qui s'exprime... mais quel bonheur pour le lecteur !

http://www.frederiquemartin.fr

Les droits de l'article Frédérique Martin, un fabuleux premier roman publié dans Livres appartiennent à Daniel Lesueur. La permission de reproduire Frédérique Martin, un fabuleux premier roman dans la presse traditionnelle ou sur internet doit être accordée par écrit par l'auteur lui-même.
Frédérique MARTIN, X Frédérique MARTIN
un roman à découvrir... à dévorer !, r un roman à découvrir... à dévorer !
l'auteure vue par Hervé Goussé, hervé Goussé l'auteure vue par Hervé Goussé
l'auteure vue par Hervé Goussé, hervé Goussé l'auteure vue par Hervé Goussé
   
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