Amélie Nothomb, entre génie et imposture...

Après la parution de 18 romans, faisons un point sur Amélie Nothomb.

17 sept. 2009 Fanny Cairon

Août 2009, la sortie du roman « Le Voyage d'hiver » est l'occasion de revenir sur l'auteur. Pro et anti- Nothomb ne trouvent pas de terrain d'entente. Explications.

Il y a près de vingt ans, Amélie Nothomb, une jeune Belge au rouge à lèvres écarlate et aux chapeaux extravagants, jetait un pavé dans la mare en sortant le très brillant « Hygiène de l’assassin ». Succès critique et commercial, ce premier ouvrage l’érige d’office en auteur incontournable. Comptant de nombreux admirateurs, l’amoureuse des lettres n’échappe pourtant pas à moult détracteurs.

Une entrée en fanfare dans la cour des grands

Dès la sortie de son premier livre, tout le monde a immédiatement crié au génie et salué ce nouveau souffle dans la littérature contemporaine.

Son style corrosif et incisif, au service d’une intrigue originale, a fait d’elle une véritable star au rayon bouquins. Et oui, Amélie Nothomb est une star des années 2000, jouant la provoc’ et s’amusant des journalistes (Souvenez-vous, elle disait aimer les fruits pourris !).

Le cinéma et le théâtre lui ont d’ailleurs tendu les bras en adaptant certains de ses ouvrages et les récompenses n’ont cessé de pleuvoir, à l’instar du Grand Prix du roman de l’Académie française pour « Stupeur et tremblements » en 1999 ou du Prix de Flore pour « Ni d’Eve ni d’Adam », huit ans plus tard. Prolifique et mystérieuse, nul besoin pour elle de perdre son temps en s’adonnant à l’exercice calibré de l’interview ou en montrant sa bouille dans toutes les émissions TV, pour s’assurer une place au soleil dans les meilleures ventes des romans à chaque rentrée littéraire. Tel un rendez-vous immanquable, au retour de vacances, les fans répondent toujours présents au nouvel opus de l’excentrique Nothomb. Pourtant, depuis quelques temps, les ventes fonctionnent toujours très bien mais ses admirateurs sont déçus tandis que d’autres n’hésitent pas à crier à l’imposture.

Quand le public et les critiques commencent à se fâcher

Premier problème soulevé : ne faudrait-il pas privilégier la qualité à la quantité ? En effet, le rythme de croisière de cette auteur atypique est à raison d’un roman par an... Même si elle affirme écrire entre trois et quatre manuscrits annuellement depuis l’âge de dix-sept ans. Et c’est là que le bât blesse. A trop vouloir écrire, ne finit-elle pas par négliger son propos ? Ces ouvrages sont incontestablement toujours très bien écrits et se lisent « facilement »... Mais finalement, il n’en ressort plus grand chose. Lorsqu’à ses débuts, elle parvenait à nous prendre par la main pour nous conter une histoire et nous embarquer dans son univers, aujourd’hui, on a plus le sentiment de rester à côté... Et par conséquent de rater LE truc. On oublie certains de ses livres, allant même jusqu’à zapper leur titre. Son oeuvre est inégale, nous proposant malheureusement le meilleur comme le pire. Chaque livre répond au même dispositif : environ 150 pages très aérées par son éditeur Albin Michel (on peut avoir souvent la sensation de lire plus une nouvelle qu’un roman), un mélange doux-amer d’humour et de cruauté, une galerie de personnages tourmentés répondant à des prénoms surprenants et inhabituels (Prétextat, Plectrude, Epiphane, Ethel, Zoïle, Astrolabe, pour ne citer qu’eux).

La presse se lâche également. Lors de la parution de « Journal d’Hirondelle », Jérôme Garcin (Le Nouvel Obs) évoquait « une farce et attrape-gogo». « Acide sulfurique » avait quant à lui soulevé une vague d’agacements de la part des journalistes : « Le menu nothombien de cet automne s'avère bien avarié. La voracité a fait place à la gloutonnerie, la finesse à la grossièreté, l'excentricité à la trivialité. » pour L’Express ou « la romancière montre ses limites et sombre rapidement dans le grotesque et le vain. On peut zapper. » dixit Le Monde.

Pourtant, le phénomène est curieux. Les gens sont bien trop souvent déçus mais ne cessent pas pour autant de se procurer le tout nouveau cru dès sa sortie, avec une certaine excitation non dissimulée, espérant retrouver la verve originelle, la Nothomb’s touch. Une fois encore, « Le Voyage d’hiver » nous laisse sur notre faim, ne suscitant pas l’émotion désirée. Certes, Amélie Nothomb est une artiste bourrée de talent. Mais on attend fébrilement de revivre un jour un enthousiasme comparable à ceux provoqués par ses oeuvres passées.

Les droits de l'article Amélie Nothomb, entre génie et imposture... publié dans Livres appartiennent à Fanny Cairon. La permission de reproduire Amélie Nothomb, entre génie et imposture... dans la presse traditionnelle ou sur internet doit être accordée par écrit par l'auteur lui-même.
Couverture , Albin Michel Couverture
   
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